08/12/2005

Bonjour paresse

L’écrivain Corinne Maier, employée à EDF, a « commis » une œuvre littéraire qui consiste en un constat accablant de l’Entreprise et nous donne, en conclusion, les moyens à utiliser pour commencer demain notre travail de sape au travail.

 

Même si ce n’est pas de la grande littérature, cet ouvrage aura eu au moins le mérite de me faire rire et améliorer mes techniques, car, évidemment, tout ce qui y est écrit ne m’est pas inconnu, travaillant moi-même pour une grande entreprise.

Ca se lit en quelques heures et ça détend.

 

En voici un extrait :

 

 

 

 

Les dix contre-conseils que je donne

 

• Le salariat est la figure moderne de l'esclavage. Souvenez-vous que l'entreprise n'est pas le lieu de l'épanouissement, cela se saurait. Vous travaillez pour la paie à la fin du mois, « point barre », comme on dit couramment dans les entreprises.

• Inutile de vouloir changer le système, s'y opposer, c'est le renforcer; le contester, c'est le faire exister avec plus de consistance. Bien sûr, vous pouvez vous livrer à des blagues anarchistes, du genre instaurer une journée: « On téléphone au bureau pour dire qu'on est malade », ou adopter le manifeste: « Volez au boulot car le boulot vous vole.» C'est toujours plaisant, mais la révolte, c'était bon pour les contestataires des années 1970, et l'on voit ce qu'ils sont devenus (des patrons).

• Ce que vous faites ne sert finalement à rien, et vous pouvez être remplacé du jour au lendemain par le premier crétin venu. Donc, travaillez le moins possible, et passez un peu de temps (pas trop quand même) à « vous vendre» et à vous « faire un réseau», ainsi vous serez pourvu d'appuis et serez intouchable (et intouché) en cas de restructuration.

• Vous ne serez pas jugé sur la manière dont vous faites votre travail, mais sur votre capacité à vous conformer sagement au modèle qui est promu. Plus vous parlerez la langue de bois, plus on vous croira dans le coup.

• N'acceptez jamais, sous aucun prétexte, de poste à responsabilité. Vous seriez obligé de travailler davantage, sans contreparties autres que quelques poignées d'euros de plus (autant dire « peanuts »), et encore.

• Choisissez, dans les entreprises les plus grandes, les postes les plus inutiles: conseil, expertise, recherche, étude. Plus ils sont inutiles, moins il est possible de quantifier votre « apport à la création de la richesse de l'entreprise». Évitez les postes opérationnels (« sur le terrain») comme la peste. L'idéal est donc de viser à « être placardisé » : ces postes improductifs, souvent « transversaux», sont sans conséquences, mais aussi sans pression hiérarchique d'aucune sorte : bref, la planque.

• Une fois planqué, surtout évitez les changements: parmi les cadres, seuls les plus exposés se font virer.

• Apprenez à reconnaître par des signes discrets (détails vestimentaires, blagues décalées, sourires chaleureux) ceux qui, comme vous, doutent du système, et se sont aperçus à quel point il était absurde.

• Lorsque vous « encadrez» des gens qui sont en situation temporaire dans l'entreprise (CDD, intérim, prestataires extérieurs ... ), traitez-les avec cordialité, car n'oubliez jamais que ce sont les seuls à travailler vraiment.

• Dites-vous bien que toute cette idéologie ridicule véhiculée et promue par l'entreprise n'est pas plus « vraie» que ne l'était le matérialisme dialectique {surnommé « diamat ») érigé en dogme par le système communiste. Tout cela n'aura qu'un temps et s'effondrera sûrement. Staline le disait, à la fin c'est toujours la mort qui gagne. Le problème, c'est de savoir quand ...

 

Bonjour paresse, de Corine Maier, aux éditions Michalons, chez Gallimard





09:03 Écrit par C'est bon, je poste. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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