31/12/2007

La Civilisation, ma Mère! ...

La Civilisation, ma mère - Driss ChraïbiCommentaires de l’éditeur :

Deux fils racontent leur mère, à laquelle ils vouent un merveilleux amour. Le plus jeune d'abord, dans le Maroc des années 30. Menue, fragile, gardienne des traditions, elle est saisie dans des gestes ancestraux, et vit à un rythme lent, fœtal. Radio, cinéma, fer à repasser, téléphone deviennent des objets magiques, prétextes d'un haut comique. Puis Nagib, le frère aîné, prend le relais. Durant les années de guerre, la mère s'intéresse au conflit, adhère aux mouvements de libération des femmes et, globalement, de son peuple et du Tiers Monde. Elle en est même le chantre. Elle sait conduire, s'habille à l'européenne, réussit tous ses examens. Elle est toujours semblable: simple et pure, drôle, et toujours tendre.

 

Une histoire bourrée d’humour racontée par deux fils qui, dans le dos de leur père, vont décider de sortir leur mère de la prison-tradition familiale dans laquelle celle-ci est enfermée depuis l’âge de treize ans, époque où elle s’est mariée. Incrédule « martienne » découvrant émerveillée la modernité et qu’il y a un monde au-delà de la porte de sa maison-prison, elle tente de rattraper le temps perdu par sa vivacité, son esprit brillant et curieux avec l’aide de ses fils gentiment rebelles.

Articulé autour de l’Etre et de l’Avoir, cette histoire en deux temps ravira les curieux et étonnera voire déconcertera les esprits étriqués que nous sommes trop souvent devenus. Un agréable moment à passer sous la plume joyeuse de l’auteur, Driss Chraïbi, né en 1926 à Al-Jadida, au Maroc. Il a fait des études arabes et françaises, puis des études de chimie à Paris. Il a écrit pendant trente ans pour la radio, notamment pour radio-Culture. La Civilisation, ma mère !... est son cinquième roman.

 

Petit morceau choisi ; dialogue entre le fils et son père qui ouvre enfin les yeux :

- Tu traduis en termes violents mes sentiments polis. Mais admettons. Or, rien ne lui est passé, elle a continué d'aller de l'avant et je n'ai pas eu à la consoler, à assumer mon rôle de protecteur, comme je l'avais espéré.

- Alors tu t'es consolé tout seul? Tu t'es pris sur tes genoux et tu t'es chanté une berceuse?

- Si tu veux - bien que je sois en train de discuter avec toi à cette heure, et non de jouer au rugby. Non, mon fils, je n'ai pas eu à me consoler comme tu dis. Mes yeux s'étaient ouverts, je m'étais brusquement rendu compte que ta mère était, à elle seule, la conscience d'un monde inconscient.

- C'est elle qui t'a consolé en fin de compte? hein, Pa?

- Oui. A la voir ainsi, de plus en plus vivante, je me suis pris à espérer, puis à croire. Sais-tu pourquoi notre société islamique, après des temps de gloire, est devenue à la traîne du monde entier?

- Laisse-moi réfléchir un peu ... Voyons! Peut-être parce qu'on a découvert des puits de pétrole dans nos pays et que nous ne voulons pas nous salir les mains? Nous préférons sans doute faire appel aux Occidentaux, ils se baigneraient dans le pétrole, ils en boiraient ... Alors nous, on leur laisse cette sale besogne et, en contrepartie, ils nous donnent des sous. Ce sont nos esclaves en quelque sorte. Pendant ce temps, nous nous reposons de plus en plus. C'est ça, Pa?

- C'est une vue économique des choses. Il faudrait que j'en parle à mes actionnaires, au prochain conseil d'administration. Non, ce n'est pas cela du tout, Nagib. Avant le Pétrole, il y avait quelque chose d'autre - je m'en rends compte à présent. A la base de toute société, il y a la commune. Et le noyau de la commune, c'est bel et bien la famille. Si au sein de cette famille la femme est maintenue prisonnière, voilée qui plus est, séquestrée comme nous l'avons fait depuis des siècles, si elle n'a aucune ouverture sur le monde extérieur, aucun rôle actif, la société dans son ensemble s'en ressent fatalement, se referme sur elle-même et n'a plus rien à apporter ni à elle-même ni au reste du monde. Elle devient non viable, exactement comme ces anciennes entreprises familiales qui s'effritent en Bourse à la moindre offre publique d'achat.

- Pa, je n'ai jamais fondé de famille, tu le sais bien. Et, tel que tu me vois, je peux même t'assurer que je suis encore célibataire. Donc, je ne peux pas te répondre. J'ai bien quelques petites affaires en ville et dans les environs, mais elles ne sont pas cotées à la Bourse. Il y a quelque chose qui me frappe : dis-moi, on commence à comprendre les choses de la vie quand on atteint une certaine vieillesse, hein, Pa? Ça se passe toujours comme ça?

- Peut-être. Mais il n'est pas trop tard. J'ai déjà laissé passer deux occasions : ton frère a quitté notre monde et toi, notre famille.

- Oh! non, Pa. Je suis encore là, assis en face de toi, mets tes lunettes.

- Il y a longtemps que tu es allé chercher dans la rue ce qui te manquait ici.

- Tu es triste, Pa?

- Plus que tu ne penses. Je suis enragé de n'avoir pas compris plus tôt. Et pourtant, les affaires que je brasse auraient dû me montrer la voie. […]

17/09/2007

Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis

Un air de famille

Petite phrase tirée du film programmé sur France2 hier soir.

 

Un air de famille – Cédric Klapisch [1996]

Un petit bijou tant les rôles sont taillés dans la caricature. Un Henri (Jean-Pierre Bacri) aigri et ronchon au possible, me faisant rire en continu par sa mauvaise humeur grotesque, un Philippe (Wladimir Yordanoff) épouvantable d’égocentrisme, une Yolande (Catherine Frot au jeu impeccable, plus vrai que nature) déconcertante de bêtise qu’elle en devient attendrissante, une Betty (Agnès Jaoui) à la langue bien pendue, un Denis (Jean-Pierre Darroussin) sublime dans son rôle au dos rond et une mère (Claire Maurier) coincée dans ses principes d’une autre époque. Rien que du beau monde, la famille Ménard ! Mettez le tout sous pression dans un bistrot ringard et vous avez une perle.

J’avais vu ce petit chef d’œuvre, huis clos jubilatoire, il y a quelques temps déjà et l’ai revu avec plus de plaisir encore. J’ai vraiment beaucoup rit, seul dans mon lit, et m’en suis étonné. Un rire franc ondulant au rythme des sorties viscérales de Jean-Pierre Bacri, excellentissime dans son rôle dévastateur.

 

« Une excellente comédie aux personnages bien dessinés, aux dialogues savoureux et rythmés. Une réussite » titre le supplément « Zap » du quotidien « Le Soir ».

A voir, revoir et revoir encore pour notre plus grand plaisir !

09:13 Écrit par C'est bon, je poste. dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : comedie, bacri, jaoui, darroussin, huis clos, rire, jubilation, klapisch, frot, famille |  Facebook |